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INTERVENTION DE M. ZHAO JINJUN, AMBASSADEUR DE CHINE EN FRANCE, AU PETIT-DEJEUNER DEBAT DU FORUM DU FUTUR

2005-06-29

 

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Je suis très heureux de participer, sur invitation de mon ami, président du Forum du futur Jacques BAUMEL, à ce petit-déjeuner débat, l'occasion d'échanger avec les amis de différents milieux sur le développement de la Chine.

La Chine n'est pas méconnue pour beaucoup d'entre vous. Certains viennent de rentrer de Chine, d'autres ont écrit des articles ou publié des livres sur la Chine. En plus, la presse française en parle presque tous les jours. J'espère que mon intervention vous permettra d'avoir une meilleure connaissance et une vue plus objective et plus précise sur la Chine.

Mesdames et Messieurs,

La Chine est un pays de civilisation ancienne d'une histoire cinq fois millénaire. Au cours de longues années, le peuple chinois a créé une civilisation splendide par son labour et sa sagesse, apportant une contribution d'importance à la civilisation et au progrès de l'humanité. Aujourd'hui, cette Chine ancienne respire la jeunesse, en entrant dans une phase marquée par le développement le plus rapide, le progrès le plus grand et le changement le plus profond de son histoire.

Durant 26 ans allant de 1978, année du lancement de la politique de réforme et d'ouverture sous l'initiative de M. DENG Xiaoping, à 2004, le PIB chinois est passé de 147,3 milliards USD à 1 649,4 milliards, soit une augmentation annuelle moyenne de 9,4%, la Chine est ainsi classée dans les 6 premiers rangs du monde ; le montant global de l'import-export, en augmentation annuelle de 16%, a grimpé de 20,6 milliards USD à 1 154,8 milliards, désormais au 3e rang mondial derrière les Etats-Unis et l'Allemagne ; et les réserves en devises sont passées de 167 millions USD à 609,9 milliards, au 2e rang mondial. La Chine où l'autoroute n'existait pas il y a 15 ans est aujourd'hui juste derrière les Etats-Unis avec 30 000 km d'autoroute ; en 2004, la valeur de la production industrielle du secteur de l'information s'est élevée à plus de 300 milliards USD, au 2e rang mondial. Par ailleurs, le nombre de la population rurale pauvre s'est réduit, en 26 ans, de 250 millions à 26 millions. La puissance générale de la Chine augmente remarquablement et la vie de population s'améliore régulièrement. En développant sa civilisation orientale ancienne, le peuple chinois ouvre de nouveaux chapitres de l'histoire.

Comment la Chine a-t-elle pu connaître un développement aussi important ? C'est notamment parce que :

Premièrement, le gouvernement chinois a poursuivi avec détermination la réforme et l'ouverture, ce qui lui a permis d'enlever graduellement les obstacles institutionnels au développement de la productivité, de mobiliser grandement la créativité, l'enthousiasme et l'initiative du peuple et de trouver une voie de développement adaptée aux réalités nationales et aux exigences de notre ère. La poursuite déterminée de la réforme structurelle économique et politique, centrée sur l'économie de marché et la démocratie politique sous régime socialiste, apporte une garantie institutionnelle au développement durable du pays. C'est la raison pour laquelle le plan de développement en trois étapes, élaboré sous la conduite de M. DENG Xiaoping, pour 70 ans à 100 ans, ayant pour objectif de réaliser dans les grandes lignes la modernisation au milieu du 21e siècle, a pu être mis en œuvre avec constance par tous les gouvernements. C'est là même un atout de la Chine par rapport à d'autres pays où le changement du gouvernement au bout de 4 ou de 5 ans signifie souvent changement de cap et de politiques.

Deuxièmement, la Chine s'est inspirée audacieusement de tout acquis de la civilisation de l'humanité entière bénéfique à son propre développement, tout en s'attachant à la valorisation du patrimoine national, afin d'apporter un appui moral au progrès durable du pays. Elle a accordé une haute importance à l'introduction des pays étrangers des technologies et du savoir-faire de gestion avancés. Aujourd'hui, les entreprises à capitaux étrangers comptent plus de 500 000. En 2004, les déplacements des Chinois à l'étranger pour motifs professionnel, d'études et de tourisme ont atteint 28,8 millions. Les contacts et échanges avec le reste du monde se sont intensifiés.

Troisièmement, le gouvernement chinois a veillé à concilier les intérêts de tout ordre en vue de créer une société harmonieuse et à traiter adéquatement les rapports entre la réforme, le développement et la stabilité. Pour un pays aussi peuplé que la Chine, la stabilité prédomine. Sans stabilité sociale, aucune réforme et aucun développement ne sont envisageables. En revanche, le développement favorise la stabilité. Voilà les rapports dialectiques. Par conséquent, il est primordial pour la Chine d'aujourd'hui et de demain de construire une société stable et harmonieuse.

C'est ainsi que la Chine a changé de visage. Beaucoup d'experts et d'universitaires estiment que l'économie chinoise croîtra, pour une assez longue période encore, de 7% à 9% par an, compte tenu d'un niveau de vie de la population sans cesse amélioré. La demande intérieure vigoureuse des 1,3 milliard de Chinois est un moteur puissant de croissance économique. Selon les statistiques, la classe moyenne, proportionnellement peu nombreuse, compte désormais plus de 80 millions, soit l'équivalent de la population de l'Allemagne, et augmente de 10 millions chaque année. Ces dernières années, le logement, l'automobile, l'informatique et le tourisme sont devenus d'importants marchés de consommation, à la place du téléviseur, du réfrigérateur, de l'appareil photo et de la moto.

Beaucoup d'amis français ont visité, ces dernières années, Beijing, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen, Suzhou, Qingdao ou Dalian. Ils sont tous impressionnés par l'évolution de la Chine, surtout la ville de Shanghai qui est à l'image d'une Chine qui marche en avant. L'arrondissement de Pudong, situé à la rive droite du fleuve Huangpu, n'était que des champs il y a 12 ans, il est aujourd'hui symbole de Shanghai et fierté de la Chine. Shenzhen est un autre exploit, en passant d'un village de pêche de 2 000 habitants à une métropole de 7 millions d'habitants en l'espace de 25 ans, son poids économique est juste derrière Shanghai, Beijing et Guangzhou.

Néanmoins, les régions côtières de l'Est de la Chine ne peuvent représenter tout le pays. En effet, vue d'ensemble, la Chine demeure un pays très peuplé doté d'une base économique faible, des infrastructures sous-développées et d'un niveau d'éducation peu élevé. En 2004, son PIB par personne se classe derrière le 110e rang mondial avec à peine 1 200 dollars. En outre, le développement est très inégal entre l'Est et l'Ouest, entre la ville et la campagne. La croissance économique est certes rapide, mais accompagnée d'irrationalité quant à la structure et au mode. Le problème de l'environnement et du développement durable se pose de façon aiguë. Surtout la pression démographique demeure forte du fait de l'augmentation chaque année de 10 millions de personnes. Il s'agit là d'un enjeu de taille pour tout pays de les nourrir, habiller, loger, éduquer et de leur fournir des emplois.

Le gouvernement chinois est pleinement conscient que le chemin sera long avant de réaliser la modernisation et d'amener une vie aisée pour tous. Le nouveau gouvernement chinois a déjà défini les objectifs pour les deux premières décennies du 21e siècle, à savoir concentrer tous nos efforts au développement de l'économie nationale pour amener le PIB à 4 000 milliards USD en 2020, soit 3 000 par personne.

A cette fin, la Chine s'en tiendra fermement à la politique de réforme et d'ouverture et au principe de la primauté de l'homme, se basera sur un concept de développement scientifique et durable et s'appliquera à programmer un développement harmonieux entre la ville et la campagne, entre les régions, entre la croissance économique et le progrès social, entre l'homme et la nature, entre le développement à l'intérieur et l'ouverture sur l'extérieur, afin d'avoir un développement global, coordonné et durable.

Monsieur le Président,

Le développement de la Chine profite également à la paix et à la prospérité du monde. Le fait même de sortir de la pauvreté un cinquième de la population mondiale et de leur assurer la stabilité et la prospérité est en soi une contribution au monde entier.

Par ailleurs, sans l'appui du reste du monde, la Chine ne saurait jamais réussir son développement. Nous tenons à remercier tous ceux ayant témoigné compréhension, soutien et assistance à la Chine. Pendant ces 26 dernières années, la Chine a utilisé, en cumulé, 562,1 milliards de dollars d'investissements étrangers directs. Je voudrais surtout citer ici la Cave Dynastie, première joint-venture en Chine et fruit de la coopération sino-française. Sa capacité de production est passée de 100 000 bouteilles début des années 80 à plus de 30 millions. L'implantation de Rémy Martin en Chine a contribué à donner goût au vin français aux Chinois et à promouvoir le développement des joint-ventures.

En même temps, force est de constater que le développement de la Chine contribue à la prospérité et au progrès du monde. Au cours des 15 ans passés, les investisseurs étrangers ont rapatrié au total plus de 250 milliards de dollars de profit. En 2004, la Chine, qui ne pèse que 4% dans l'économie mondiale et 6% dans le commerce international, contribue néanmoins à 10% à la croissance de l'économie mondiale et à hauteur de 12% à celle du commerce international.

Grâce aux 26 ans d'expériences de réforme et d'ouverture, la Chine s'est frayé un chemin amenant un pays peuplé et sous-développé à la modernisation. Son parcours est inspirant pour nombreux autres pays en voie de développement.

L'expérience de la Chine montre au monde que pour réaliser la modernisation, il faut suivre la voie de développement pacifique qui consiste à profiter de l'environnement international de paix pour accélérer son propre développement. Dans le même temps, la Chine participe activement à la coopération économique internationale. Sa prospérité ne se fait pas au détriment des intérêts des autres pays, bien au contraire, elle s'appuie sur sa propre force, ses efforts inlassables, la créativité et l'innovation ainsi que la coopération amicale avec d'autres pays du monde, mutuellement avantageuse et sur un pied d'égalité, en vue d'un développement partagé.

C'est pour le bien-être de 1,3 milliard de Chinois que nous cherchons à nous développer. Une Chine prospère ne constituera jamais une menace pour qui que ce soit. Elle est un pays épris de paix depuis la nuit du temps. Il y a 2 500 ans, le sage Confucius disait que « rien n'est plus précieux que la paix », depuis, cet esprit est profondément ancré dans la mentalité chinoise.

Dans un nouveau contexte international, la Chine préconise la paix, le développement et la coopération. Elle considère la coopération comme un moyen de promouvoir le développement, la démocratisation des relations internationales et la diversité des modes de développement. Elle tient à développer, sur la base du respect mutuel, de la non-ingérence dans les affaires intérieures et de l'égalité, des relations d'amitié et de coopération mutuellement avantageuse avec d'autres pays du monde.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Dans la politique extérieure de la Chine, la France occupe une place importante. Il y a 41 ans, le Président MAO Zedong et le Général Charles de GAULLE, avec la grande vision qui était la leur, ont décidé d'établir des relations diplomatiques au rang d'ambassadeur, ouvrant par là un nouveau chapitre dans les annales de l'histoire des relations sino-françaises.

La nation française a fait une grande contribution au progrès de la civilisation de l'humanité. Sa culture, un joyau culturel de l'humanité entière, a une grande capacité d'assimilation et d'innovation. Dans le monde d'aujourd'hui, la France joue un rôle de poids et particulier. La Chine attache une grande importance à ses relations avec la France et s'applique à développer et à consolider leur partenariat global stratégique.

En 2004, nos deux Chefs d'Etat se sont rendu visite, pour la première fois, dans la même année. Les Années croisées Chine-France, un événement inédit, ont obtenu un grand succès. La Tour Eiffel illuminée en rouge, le défilé sur les Champs-Elysées, le vol de la Patrouille de France au-dessus de la Grande Muraille et l'exposition « Trésors impressionnistes » sont à jamais gravés dans la mémoire des peuples chinois et français et ont beaucoup contribué au renforcement de leur connaissance mutuelle et de leur amitié. Aujourd'hui, les relations sino-françaises se trouvent dans la meilleure période de leur histoire. Au cours de la visite en Chine du Président CHIRAC, le groupe Alstom et la compagnie de chemin de fer de Changchun ont conclu un accord sur la fourniture de rames roulant à 200 km/h. En janvier dernier, la compagnie Southern Airlines a commandé 5 A380. En 2004, la Chine a commandé, au total, 115 avions Airbus. Dans le domaine électronucléaire, là aussi notre coopération est fructueuse, les centrales de Daya Bay et de Lingao en sont exemples. Notre partenariat dans la protection de l'environnement et l'agriculture a aussi un avenir prometteur. A l'heure actuelle, nous sommes en pleine préparation à la visite du Premier ministre chinois en France avant la fin d'année, avec laquelle l'échange de visites dans l'année entre les deux Premiers ministres deviendra réalité. L'intensité des échanges bilatéraux de haut niveau montre la qualité et le niveau des relations sino-françaises d'aujourd'hui.

Cependant, tout n'est pas parfait, beaucoup reste à faire pour mettre en valeur la grande potentialité de nos relations. Par exemple, la relation économique et commerciale n'est pas à la hauteur de l'excellence de nos relations politique et culturelle. Notamment, le partenariat entre les PME-PMI n'est pas assez développé. Comme le disait le Président CHIRAC, parmi les 100 mille PME-PMI exportatrices françaises, seulement 3 500, soit 3,5%, ont noué des partenariats avec la Chine. Dans ce domaine, la France est loin derrière l'Allemagne. Ce qui fait que le commerce sino-français est au niveau bas. Même si nos échanges commerciaux, d'après les statistiques des douanes chinoises, ont connu une assez forte croissance ces deux dernières années, en passant de 8,7 milliards USD en 2002 à 17,5 milliards en 2004, la France n'est que le 4e partenaire européen de la Chine, après l'Allemagne (54,1 milliards USD), les Pays-Bas (21,4 milliards) et la Grande-Bretagne (19,7 milliards). Elle est de loin derrière les Etats-Unis et le Japon, le montant du commerce sino-français ne représente qu'un dixième de celui sino-américain ou celui sino-japonais. La France n'occupe que 1,5% de part de marché en Chine. Compte tenu de la capacité économique de nos deux pays, l'état actuel de nos échanges commerciaux n'est pas normal. Nous devons déployer de gros efforts.

Ces dernières années, les Chinois sont de plus en plus nombreux à étudier en France, le chiffre officiel donne 14 000 personnes, mais nous estimons qu'il y a près de 20 000 Chinois faisant leurs études en France. Mais il y a tout de même un écart par rapport à l'Allemagne et à l'Irlande qui accueille chacune 30 000 élèves chinois, tandis que la Grande-Bretagne a reçu près de 50 000. La jeunesse est l'avenir de nos relations. Le développement du partenariat global stratégique sino-français a besoin de nombreux talents maîtrisant nos langues et connaisseurs des conditions réelles de nos deux pays. A cette fin, nous devons renforcer l'enseignement du français en Chine et celui du chinois en France. Le gouvernement chinois a déjà élaboré un programme d'enseignement du chinois dans le monde entier et prévoit la construction dans le monde de 100 instituts Confucius dont un à Poitiers.

Je me félicite que les autorités chinoises et françaises, de divers échelons, ainsi que différents milieux chinois et français, dans le cadre des Années croisées, se sont plus que jamais mobilisés à promouvoir la coopération bilatérale dans tous les domaines. Au niveau des collectivités locales, bien des responsables de régions, de départements ou de communes, par exemple les maires de Paris, de Marseille et de Lyon, ont été successivement en Chine cette année. En outre, une série de grandes manifestations, sous forme de séminaire, foire ou salon, ont eu ou auront lieu, courant 2005, dans les villes chinoises comme Wuhan, Guangzhou, Beijing et Shanghai, dans le but de dynamiser la coopération économique et commerciale sino-française. La première Foire sino-française des PME-PMI se tiendra en septembre prochain dans le Guangdong. Plus de 400 entreprises françaises y participeront sous la conduite du Ministre français des PME. Tout cela est très encourageant. Le Président Chirac a annoncé clairement l'objectif de 1 000 PME supplémentaires en Chine en 2005. Je suis convaincu que cet objectif sera atteint grâce aux efforts conjugués des deux parties.

De belles opportunités se présentent à nos relations. Je suis pleinement confiant en avenir du partenariat global stratégique sino-français. Il ne me reste plus qu'à remercier le président Jacques BAUMEL d'avoir organisé ce petit-déjeuner débat. Mes remerciements vont également à tous ceux, de différents milieux, attachés aux relations sino-françaises et ayant soutenu le renforcement de la coopération bilatérale et à tous les amis ici présents portant un intérêt à la Chine.

Je vous remercie.

 

 

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