| DISCOURS DE M. ZHAO JINJUN,AMBASSADEUR DE CHINE EN FRANCE,AU PETIT DEJEUNER DE TRAVAIL AU SENATPORTANT LE THEME « COMMENT INVESTIR ET ETRE PRESENT SUR LE MARCHE CHINOIS » |
| 2005-01-24 |
|
Honorables Sénateurs, Mesdames, Messieurs, et Chers Amis entrepreneurs, C'est un grand plaisir pour moi de participer au petit-déjeuner de travail au Sénat. Le Sénat est l'une des institutions que je fréquente le plus depuis mon installation à Paris en tant qu'ambassadeur. En effet, la Chine compte beaucoup d'amis ici. Le président Poncelet, qui a accompagné M. Alain Peyrefitte dans sa visite en Chine au lendemain de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays en 1964, est un ami de longue date du peuple chinois et l'un des premiers parlementaires français ayant visité la Chine. Il y a un an, le Sénat a réservé un accueil très chaleureux au président chinois M. HU Jintao. Aujourd'hui, il a pris l'initiative de réunir plus de 250 chefs de moyennes et petites entreprises françaises autour de ce petit-déjeuner de travail, dans le but de promouvoir la coopération économique et commerciale entre la Chine et la France. Sans aucun doute, le Sénat joue un rôle majeur dans la promotion du partenariat global stratégique sino-français. M. Jean BESSON, président du groupe interparlementaire France-Chine du Sénat, m'a dit que le groupe, renouvelé fin 2004, compte plus de 110 sénateurs, soit un tiers des sénateurs. Il est devenu ainsi le plus grand groupe interparlementaire du Sénat. Je pense que cela reflète parfaitement l'excellence de nos relations bilatérales. En 2004, les chefs d'Etat de nos deux pays se sont rendu visite. C'était la première dans l'histoire des relations sino-françaises que des visites du plus haut niveau se sont réalisées réciproquement dans la même année. Les Années croisées Chine-France, un événement inédit, laissent des souvenirs inoubliables au peuple chinois et au peuple français, par leurs multiples manifestations exceptionnelles, que ce soit l'illumination en rouge de la Tour Eiffel, le grand défilé sur les Champs-Elysées, le show aérien de la Patrouille de France au-dessus de la Grande Muraille, ou l'illumination en bleu, blanc, rouge, couleur de France, de la porte Zhengyang, monument historique situé au cœur de la ville de Beijing. Tout cela montre que les relations entre nos deux pays sont entrées dans la meilleure période de leur histoire. Je suis sûr qu'elles se développeront encore davantage à l'avenir. Mesdames et Messieurs, Je voudrais souligner que les plus hautes autorités de nos deux pays accordent toujours une haute importance au renforcement de la coopération sino-française. Le président chinois HU Jintao a fait trois voyages en France en moins de trois ans. Ce qui est tout à fait exceptionnel. Tandis que le président Jacques CHIRAC a effectué, depuis 1997, trois visites en Chine en tant que chef d'Etat français. Il est donc le président français qui a fait le plus grand nombre de visites en Chine. Ces échanges de visites de haut niveau ont donné des élans énergiques au développement des relations sino-françaises dans tous les domaines. Ce qui est particulièrement réjouissant, c'est que nos coopérations économiques et commerciales ont enregistré des résultats remarquables ces deux dernières années. Selon les statistiques chinoises, le volume des échanges commerciaux entre nos deux pays a accru de 60% en 2003, et de 32% en 2004. Nous sommes ainsi entrés dans une période marquée par la croissance la plus rapide des flux commerciaux bilatéraux depuis l'établissement des relations diplomatiques. L'année dernière, la Chine a dépassé le Japon pour devenir 1er partenaire commercial de la France en Asie. A propos des investissements directs croisés entre la Chine et la France, ils ont battu le record historique en 2004. La France a investi dans 263 projets en Chine pour un montant contractuel de 1,14 milliard USD, en augmentation de 99,5% par rapport à 2003. Il est clair que favorisée par une forte complémentarité de nos deux économies, la coopération économique et commerciale entre la Chine et la France renferme une grande potentialité. La France détient des atouts technologiques et des expériences réussies de partenariat avec d'autres pays dans les domaines que la Chine considère comme prioritaires pour son développement, à savoir l'énergie, le transport, la télécommunication, l'agriculture et la protection de l'environnement. Prenons l'exemple de l'électronucléaire. La France est le 1er et aussi le plus important partenaire de la Chine dans ce domaine. La Chine va construire, d'ici 15 ans, une trentaine de centrales nucléaires. A terme, la production électrique d'origine nucléaire, qui ne compte que 1% de la production totale du pays, devrait atteindre 4%. De larges perspectives s'ouvrent à notre coopération nucléaire. En matière d'automobile, la société DPCA (Dongfeng Peugeot Citroën Automobile) occupe, aujourd'hui, une position solide sur le marché chinois. Cette coopération a un effet d'entraînement qui a favorisé l'entrée des PME françaises dans le marché chinois. Aujourd'hui, Renault est aussi en train de se préparer activement pour opérer en Chine. Dans le domaine de transport ferroviaire, Alstom et Changchun Railway Company ont signé un accord de partenariat pour construire des trains à 250 km à l'heure. Ce qui contribue à l'intensification de notre coopération en matière de train à grande vitesse. Il y a juste quelques jours, j'ai assisté à Toulouse au lancement de l'A380. C'était très impressionnant. Le responsable de la compagnie China Southern Airlines, qui s'est aussi rendu à Toulouse, m'a dit qu'ils sont prêts à acheter A380, voilà une très bonne nouvelle. Mesdames et Messieurs, Aujourd'hui, l'économie chinoise poursuit sa croissance soutenue et régulière, le niveau de vie de la population s'améliore, et la demande intérieure s'avère vigoureuse. Tout cela offre des conditions favorables à l'entrée des PME françaises en Chine. A part des secteurs industriels susmentionnés, d'autres secteurs tels que le service, y compris la banque, l'assurance, la grande distribution, ainsi que les cosmétiques de haute gamme et l'agroalimentation offrent également des opportunités à saisir pour les entreprises françaises. Depuis le lancement de la réforme et de l'ouverture il y a plus de 25 ans, la croissance économique annuelle de la Chine est de 9% en moyenne. En 2004, grâce à des mesures de macrocontrôle, nous avons obtenu une croissance maîtrisée. Ceci étant, le PIB chinois a toujours accru de plus de 9% pour atteindre 1 500 milliards USD. Le volume du commerce extérieur a dépassé pour la première fois 1 100 milliards USD, dont plus de 500 milliards USD pour les importations. La Chine est ainsi devenue le 3e importateur dans le monde après les Etats-Unis et l'Allemagne. Toujours en 2004, la Chine a attiré 62 milliards USD d'investissements directs étrangers, et des investisseurs étrangers ont implanté 500 mille entreprises en Chine. Parmi ces investisseurs, beaucoup ont augmenté d'année en année leurs investissements, car ils ont constaté que leurs entreprises ont un bel avenir en Chine. Selon les experts, l'économie chinoise continuera à croître rapidement pour une période assez longue, et ce pour trois raisons principales : Premièrement, la Chine poursuivra sa politique de réforme et d'ouverture et sa politique d'économie de marché socialiste, politiques qui ont permis à 1,3 milliard de Chinois de faire preuve de leur esprit d'initiative et d'entreprise. Deuxièmement, grâce à l'amélioration continue de leur niveau de vie, les 1,3 milliard de Chinois constituent un marché de consommation immense avec une demande domestique toujours plus vigoureuse. Selon les statistiques, la classe moyenne représente aujourd'hui plus de 80 millions d'habitants. C'est peu par rapport à la population totale du pays, mais leur nombre ne cesse d'augmenter. Troisièmement, la Chine participe activement à la mondialisation économique. Depuis son adhésion à l'OMC il y a trois ans, la Chine a tenu ses engagements et élargi les champs de sa coopération économique et commerciale avec le reste du monde. Le niveau général des droits de douane chinoise ne cesse de baisser. En 2004, il est descendu de 15,3% à 10,4%. Et pour la distribution, l'automobile, le commerce extérieur, l'agriculture, la télécommunication et l'assurance, la période de transition s'est achevée fin 2004, tous ces secteurs s'ouvrent désormais successivement aux capitaux étrangers. Mais il ne faut pas perdre de vue que la Chine reste toujours un pays en développement, dont le PIB par tête d'habitant franchit à peine le cap de 1 000 USD. Elle fait face à nombre de difficultés et de défis. J'en cite les principaux : premièrement, le développement est encore déséquilibré sur le plan économique et social, et il existe un grand écart du niveau de développement entre l'Est et l'Ouest, entre la ville et la campagne ; deuxièmement, notre croissance rapide s'accompagne d'irrationalité dans la structure économique et le mode de croissance ; troisièmement, le problème de l'environnement se pose de façon aiguë et appelle de gros efforts pour y remédier ; quatrièmement, notre population reste toujours très nombreuse. Un bébé chinois né la semaine dernière porte la population chinoise à 1,3 milliard d'habitants. En dépit du planning familial, avec une population aussi nombreuse, la Chine compte chaque année 10 millions d'habitants de plus, et cela durera encore 20 à 30 ans. Cette forte pression démographique représente un grand défi. De surcroît, nous devons affronter, en même temps, le problème de vieillissement de la population. Bref, le chemin reste long à parcourir, mais la Chine est déterminée à poursuivre sa politique de développement durable selon un concept scientifique. Elle doit compter sur ses propres efforts et aussi mener sa coopération avec le monde extérieur. C'est en se développant qu'elle règlera les problèmes et surmontera les difficultés. A présent, les relations sino-françaises sont au beau fixe. Mais par rapport à l'excellente relation politique et aux échanges culturels très intenses, la coopération économique et commerciale semble prendre du retard. Les statistiques de la douane chinoise montrent qu'en termes de flux commerciaux avec la Chine, la France se situe seulement au 4e rang au sein de l'Union européenne. Et les produits français n'occupent que 1,4% de parts de marché chinois. Ces résultats ne sont guère satisfaisants. C'est aux autorités des deux pays et aussi aux entreprises chinoises et françaises de redoubler leurs efforts pour renforcer leur coopération. Certes, les grands projets sont d'une importance majeure pour promouvoir la coopération économique et commerciale. Cependant, le partenariat entre les PME/PMI est non moins important. Il permettra, au contraire, un développement global et solide de la coopération économique et commerciale entre nos deux pays. Lors de sa dernière visite en Chine en octobre dernier, le président CHIRAC a souligné, dans son intervention à Chengdu, l'insuffisance de la présence des PME françaises en Chine, car parmi les 100 mille PME françaises ayant des liens commerciaux à l'étranger, seulement 3 500 ont des contacts avec la Chine, la France est loin derrière l'Allemagne et l'Italie qui compte chacune plus de 7 000 PME opérant en Chine. Il paraît que les PME/PMI, par manque de connaissance sur le marché chinois, handicapées par le problème de langue et limitées dans leurs moyens financiers, ont peur de prendre des risques sur le marché chinois. Cela est compréhensible. Or, avec une croissance rapide, une demande domestique vigoureuse, les travaux pour les Jeux olympiques de 2008 à Beijing et l'Exposition universelle de 2010 à Shanghai, la Chine est en ce moment le plus grand chantier du monde. Ce qui offre d'innombrables opportunités de coopération. Investir comporte toujours des risques, mais le taux de réussite est élevé en Chine. Je pense que pour les entreprises françaises, hésitation, attentisme ou manque de courage signifient tout simplement laisser échapper des opportunités. Les dirigeants et le monde des affaires de nos deux pays, bien conscients de l'importance de l'enjeu, mettent au point des dispositifs pour appuyer le partenariat entre nos PME/PMI. Le gouvernement chinois a pris beaucoup de mesures pour favoriser l'investissement, renforcer la protection de la propriété intellectuelle et encourager les investisseurs extérieurs à participer activement au développement de l'Ouest et au plan de redressement des vieux bassins industriels du Nord-Est de la Chine. Le gouvernement français, de son côté, a inscrit des mesures incitatives dans la loi de finances 2005 et a procédé au relèvement du plafond des engagements de la COFACE pour encourager les PME/PMI françaises à explorer le marché chinois. Le Président Chirac a annoncé, pour l'année 2005, l'objectif de 1000 PME supplémentaires à entrer en Chine. Il prévoit aussi que le nombre de PME françaises en Chine se multiplie dans les trois prochaines années. C'est formidable ! Il faut souligner que les nombreuses PME/PMI françaises sont très créatives, dotées de technologies et de savoir-faire industriels très avancés, rompues à la gestion moderne et ont des expériences réussies de partenariat avec l'étranger. Néanmoins, pour faire aboutir leur coopération avec des partenaires chinois, elles devront faire encore beaucoup d'efforts. Il faut connaître la Chine, identifier des partenaires et avoir une vision à long terme. Elles peuvent obtenir des parts de marché en échange de technologies, tirer profit des ressources humaines locales, produire sur place pour diminuer le coût de revient et viser à la fois le marché chinois et le marché international. Il faut aussi établir des partenariats stables et durables avec les entreprises chinoises. Tout ceci constitue la clé de la réussite. Il y a quelques jours, le vice-gouverneur du Guangdong est venu en France pour préparer la Foire des PME/PMI chinoises et françaises de Canton qui aura lieu en septembre prochain. La province du Guangdong a été la première à appliquer la politique de réforme et d'ouverture. Elle est aujourd'hui dotée d'une dynamique remarquable et devenue la province chinoise la plus puissante sur le plan économique. La Foire des PME/PMI chinoises et françaises de Canton fait l'objet du soutien des autorités centrales chinoises et a une dimension internationale. Je souhaite que vous soyez nombreux à y participer et que le Sénat français apporte sa contribution aux succès de cette Foire. Dans deux semaines, plus précisément, le 9 février, on fêtera le nouvel an chinois, la Fête du Printemps, qui ouvrira l'année du Coq. Le coq est considéré comme un bon signe. Les coqs chinois et gaulois vont donc se rencontrer. Et justement, en chinois cette rencontre entre deux coqs se prononce comme le mot « chance ». Comme l'a dit Louis PASTEUR, « la chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés ». Je souhaite sincèrement que les entrepreneurs français, prêts à se lancer dans la coopération avec la Chine, saisissent les opportunités, investissent et s'implantent en Chine, pour bâtir ensemble avec les partenaires chinois un avenir radieux. Je vous remercie. |